NE SAVEZ-VOUS PAS QUE TRUMP EST LÀ POUR CHANGER LE SENS DE L'HISTOIRE DE L'HUMANITÉ ? N'AYEZ DONC PAS PEUR ! C'EST MATHÉMATIQUES(fermaton.overblog.com)

Publié le par clovis simard

NE SAVEZ-VOUS PAS QUE TRUMP EST LÀ POUR CHANGER LE SENS DE L'HISTOIRE DE L'HUMANITÉ ? N'AYEZ DONC PAS PEUR ! C'EST MATHÉMATIQUES(fermaton.overblog.com)
NE SAVEZ-VOUS PAS QUE TRUMP EST LÀ POUR CHANGER LE SENS DE L'HISTOIRE DE L'HUMANITÉ ? N'AYEZ DONC PAS PEUR ! C'EST MATHÉMATIQUES(fermaton.overblog.com)

NE SAVEZ-VOUS PAS QUE TRUMP EST LÀ POUR CHANGER LE SENS DE L'HISTOIRE DE L'HUMANITÉ ? N'AYEZ DONC PAS PEUR !

 

Bien peu de gens, si on les questionne, répondront que rien ne change ces années-ci. On dira plutôt que les choses changent beaucoup et très vite, certains ajouteront même que l'évolution est trop rapide, qu'elle nous essouffle et qu'elle risque dangereusement de tourner au désordre et à l'anarchie.

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Il suffit aussi de lire un certain nombre d'articles dans les revues populaires, dans les journaux ou de consulter quelques livres récents d'analyse sociale pour se rendre compte combien le changement est un thème constant et dominant dans la description qu'on donne de la société du milieu du xxe siècle. Des sociologues affirment même que depuis quelques années, le monde occidental est en train d'évoluer vers un nouveau type de société. La société industrielle, qui avait brisé et désorganisé les anciennes sociétés traditionnelles, est sur le point de donner naissance à un troisième type de société, dont les traits caractéristiques commencent à peine à se révéler.

La nouvelle société

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La société industrielle avait été marquée par la révolution technologique, qui s'est accompagnée de l'industrialisation et de l'urbanisation massives, résultant du transfert de la campagne à la ville d'énormes quantités de populations et de leur concentration autour des manufactures d'abord, puis des usines toujours plus grandes. Dans sa phase la plus avancée, l'industrialisation se continue par l'automatisation, dont les effets se font maintenant sentir dans certains secteurs de travail qui avaient été en bonne partie épargnés par l'industrialisation, comme par exemple le travail dans les bureaux et l'enseignement.

  • 1 . Marcuse H., L'homme unidimensionnel. Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée, tr (...)
  • 2 . Touraine A., La société post-industrielle, Paris, Éditions Denoël, 1969.

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La nouvelle société en voie d'élaboration se situe certainement dans la ligne d'évolution de la société industrielle. Mais en même temps, elle dépasse celle-ci et va si loin qu'on peut à juste titre parler d'une nouvelle société. On a tenté de qualifier cette nouvelle société de diverses façons : on l'a appelée Société de Masse, faisant référence particulièrement à l'impact des techniques modernes de communication de masse ; on l'a surnommée Société de Consommation, par opposition à la Société de Production qu'était la Société Industrielle ; Herbert Marcuse l'a appelée Société Industrielle Avancée, dans la critique sévère qu'il en a faite 1 ; le sociologue français Alain Touraine parle à la fois de Société Programmée et de Société Post-Industrielle 2. Chacune de ces expressions fait référence à un trait particulier de la nouvelle société, qu'on peut considérer comme plus ou moins dominant, ou du moins comme très accentué.

  • 3 . Galbraith J. K., Le Nouvel État industriel. Essai sur le système économique américain, traduction (...)
  • 4 . Whyte W. W., L'homme de l'organisation, Paris, Éditions Plon, 1959.

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Quel que soit le nom qu'on donne à la nouvelle société, on s'accorde généralement à y reconnaître une bureaucratisation de plus en plus généralisée, en même temps qu'un refus de la bureaucratisation et de ses conséquences. C'est ainsi que, par exemple, l'économiste américain Galbraith a abondamment décrit la forme et la fonction de ce qu'il appelle « les technostructures dans la société contemporaine », c'est-à-dire l'organisation de type bureaucratique qui en est venue à remplacer l'entrepreneur capitaliste dans tous les secteurs de pointe de la production économique 3. Mais en même temps, d'autres chercheurs, comme Whyte, ont illustré les irrationalités et les menaces de l'organisation et de « l'homme de l'organisation » 4, pendant que d'autres, comme Marcuse, soulignaient le rôle aliénant de l'organisation pour l'homme.

Le changement en tant que vision du monde

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Toutes les descriptions qu'on donne de la société nouvelle, aussi bien que de la société industrielle, ont ceci en commun qu'on tend à présenter le changement social comme un phénomène objectif, qui se produit en quelque sorte en dehors de l'homme et dont celui-ci subit l'impact et les conséquences. Les descriptions du changement dans la société moderne n'échappent pas à ce qu'on pourrait appeler un certain sociologisme, qui tend à réifier le changement, à le considérer comme un objet ou une chose à peu près complètement en dehors et au-dessus de l'homme. Il n'est pas dans mon intention de nier toute validité à ces descriptions ; elles présentent de toute évidence une image réelle des transformations que subissent le monde moderne et l'homme contemporain.

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Je voudrais cependant aborder l'étude du changement dans une perspective un peu différente, d'une manière qui soit à la fois objective et subjective. J'entends par-là que je voudrais parler du changement dans des termes objectifs, mais en le situant avant tout dans les sujets qui le vivent, c'est-à-dire en chacun de nous.

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La thèse que je voudrais développer, c'est que le changement n'est pas seulement un phénomène extérieur à nous, se produisant dans les choses ou dans notre milieu ; le changement, c'est aussi une idéologie, une perception du monde, une certaine conviction. Si beaucoup de choses changent effectivement autour de nous, c'est pour une large part parce que nous croyons qu'elles changent, ou parce que nous voulons qu'elles changent, ou parce que nous avons accepté qu'elles changent. Cet aspect du changement est trop souvent négligé par l'analyse sociologique ; c'est celui-là que je voudrais mettre ici en évidence.

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À mon avis, la plus grande mutation du xxe siècle, c'est peut-être que l'homme moderne perçoive et juge les réalités sous l'angle du changement. Cet homme ne porte plus sur les choses le regard du photographe, mais celui du cinéaste. Il perçoit les choses dans leur succession, dans leur durée, et il arrive qu'il les mette en mouvement par le regard même qu'il porte sur elles et par le contact qu'il a avec elles. L'homme veut voir les choses sous leur aspect dynamique, dans ce qui est en elles évolution, conflit, transformation. Et c'est parce qu'il porte sur le monde un regard mobile qu'il imprime aux choses une impulsion, une action.

L'origine scientifique de l'idéologie du changement

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Cette attitude devant le monde n'est pas apparue récemment, comme le fruit d'une réaction spontanée. En réalité, elle se préparait depuis longtemps, mais elle nous était encore cachée. Comme une source, elle jaillit aujourd'hui au grand jour, après avoir suivi un long parcours souterrain. Parce qu'elle apparaît maintenant et s'exprime avec force, cette nouvelle vision du monde nous frappe davantage. Pour la comprendre, il faut chercher à remonter à ses origines.

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Je voudrais indiquer quelques-uns des courants de pensée qui ont préparé et mûri la vision dynamique du monde qui caractérise l'homme du xxe siècle. Tout d'abord, il faut remonter à la Renaissance, au moment où apparaissent ce qu'on appelait alors les « nouvelles sciences ». C'était les sciences d'observation, basées sur les méthodes expérimentales, qu'on opposait à la connaissance théologique et philosophique dont les fondements étaient soit l'autorité, soit la logique pure. Les nouvelles sciences : l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie, font fi de l'autorité, d'une part, et cherchent, d'autre part, à allier le raisonnement logique à l'observation rigoureuse des faits.

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À la sortie du Moyen-Âge, la nouvelle science représente une révolution intellectuelle à un double titre. Tout d'abord, c'est une nouvelle démarche intellectuelle qui s'affirme et qui, par sa nature même, est beaucoup plus dynamique que celle qui avait dominé durant tout le Moyen-Âge. La connaissance scientifique se fonde en effet sur des théories toujours contestables, sur des lois dont la certitude n'est jamais acquise, bref sur un savoir que l'on considère toujours comme incomplet et par conséquent en constante et nécessaire évolution.

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Par ailleurs, le contenu même de la nouvelle science s'avère une vision dynamique des choses. Ainsi, c'est elle qui nous convainc que la terre n'est pas une sorte de plate-forme stable, mais qu'elle est ronde et donc destinée à se mouvoir. De plus, on découvre que ce n'est pas l'univers qui tourne autour de notre planète, mais que celle-ci poursuit son cours suivant une trajectoire sans fin. L'homme du xviie siècle doit donc reconnaître qu'il n'habite pas un univers fixe ; il loge plutôt sur une planète dont le mouvement s'intègre dans une immense dynamique cosmique.

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Au milieu du xixe siècle, apparaît un nouveau développement théorique et scientifique d'une très grande importance : la théorie de l'évolutionnisme. En dépit de préjugés tenaces qui tiennent autant à une longue tradition de pensée qu'à des croyances religieuses, on a fini par accepter l'idée que les espèces vivantes, animales aussi bien que végétales, n'ont pas fait l'objet d'une création subite, par laquelle elles seraient apparues dans leur forme définitive dès leur origine. Lamarck, Darwin et d'autres prouvent que les espèces organiques évoluent dans le temps et que leurs formes actuelles sont l'aboutissant d'une lente et progressive transformation à travers les âges. Plus encore, les espèces s'engendrent les unes les autres, de sorte que les plus complexes se sont progressivement élaborées à partir des plus simples. Finalement, l'homme lui-même n'échappe pas à cette loi universelle de la genèse des espèces : il est, lui aussi, issu d'espèces animales plus anciennes, dont il s'est lentement différencié par l'abandon de certains traits et par l'acquisition d'autres.

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Dans cette perspective, l'image fixiste d'un monde créé une fois pour toutes, qui était celle qui avait dominé la pensée humaine depuis des siècles, demandait une révision complète. Ou plus exactement, il a fallu carrément l'abandonner, au profit d'une vision évolutive non seulement de la race humaine, mais de l'univers tout entier, organique et inorganique.

Changement dans l'image de l'homme

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La fin du xixe siècle devait encore être témoin d'un changement radical, qui allait toucher l'image que l'homme avait de lui-même. La psychologie nous a habitués à porter un regard scientifique sur la conduite humaine, ses motivations, ses rapports les plus intimes. Or, ici se dresse comme un monument central l'oeuvre de Sigmund Freud, dont la définition à la fois clinique et théorique de l'homme bouleverse bien des idées acquises. Soulignons ici en particulier un aspect de la pensée de Freud qui est plus pertinent à notre sujet. Freud décrit la psyché de l'homme comme une histoire qui se développe à partir d'un donné original, constitué par les besoins, les impulsions et les instincts, mais qui s'élabore au fil des événements et des milieux, que chaque personne connaît. La personnalité psychique est le fruit d'une histoire individuelle. Dans toutes ses actions, chaque personne répond à des motivations dont les antécédents remontent souvent très loin dans son histoire personnelle, jusqu'à sa petite enfance. Dans le présent, chaque homme agit toujours avec tout son passé.

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En outre, l'action humaine se construit par des conflits permanents à l'intérieur de chacun de nous, conflits entre les impulsions, les censures intériorisées, les agents qui ont dominé l'éducation, une certaine image de soi toujours remise en question et toujours à refaire. Dans le langage de Freud, la conduite humaine est le fruit de luttes ininterrompues entre le ça, le moi et le surmoi.

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Si l'on en vient finalement au plan sociologique, l'équivalent de l'oeuvre de Freud est celle de Karl Marx. Marx nous a enseigné que la société aussi est faite de conflits, de luttes d'intérêts, de contradictions entre ses parties constituantes. Plus encore, Marx a valorisé le conflit social, il a fait de la lutte des classes le seul instrument de libération des populations opprimées. Il propose la révolution comme seule issue à l'impasse dans laquelle la société capitaliste s'est engagée, lorsqu'elle a accepté comme fondement la propriété privée. Avec Marx, la révolution n'est plus le mal à éviter, le désordre à corriger ou la révolte à écraser ; elle devient une fin à réaliser, du moins une fin instrumentale, en vue d'une société à venir qui devrait être plus humaine, parce que libérée des inégalités et des injustices inhérentes à celle que nous connaissons.

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En résumé, on pourrait dire que Freud voit en l'homme comme un volcan d'instincts, d'impulsions, de besoins que l'éducation, les contrôles sociaux, la morale réussissent difficilement à contenir et dont l'énergie demande toujours à être canalisée. Aux yeux de Marx, la société apparaît comme un volcan qui a été étouffé par la classe au pouvoir et qu'il faut réactiver pour qu'il explose et brise la croûte d'idéologies et de structures sociales qui l'enferment. Ni pour l'un ni pour l'autre, l'image de l'homme et de la société ne ressemble à un jardin bien ordonné, à un parc paisible.

Définition de l'idéologie du changement

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Il ressort de ce qui précède que l'univers mental de l'homme contemporain, qui s'est construit dans les derniers siècles, s'est axé d'une manière toujours plus nette sur la vision d'un monde en mouvement. Vision dynamique des choses d'abord dans la science, puis vision dynamique de l'homme individuel avec Freud et de l'homme social avec Marx. L'idée que le changement fait partie de la nature de toute réalité n'est cependant pas récente. Déjà, dans l'Antiquité, certains penseurs l'avaient soupçonnée et avaient cru pouvoir l'affirmer. Mais c'est depuis la Renaissance que cette idée a vraiment pris forme, qu'elle s'est installée dans toutes les sphères de la connaissance humaine et qu'elle finit par conditionner le regard que l'homme porte sur lui-même et le monde qui l'entoure.

  • 5  Rocher G., Introduction à la sociologie générale, Montréal, Éditions Hurtubise H.M.H., 1968, volum (...)
  • 6  Le Devoir, le 9 septembre 1969.

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On peut aller plus loin encore, et affirmer que le changement est devenu une idéologie, en plus d'être une perception du monde. J'ai déjà défini l'idéologie ailleurs comme étant « un système d'idées et de jugements, explicite et généralement organisé, qui sert à décrire, expliquer, interpréter ou justifier la situation d'un groupe ou d'une collectivité et qui, s'inspirant largement de valeurs, propose une orientation précise à l'action historique de ce groupe ou de cette collectivité » 5. Je pourrais aussi emprunter à Jacques Grand'Maison la conception qu'il en présente : « L'idéologie, dit-il, c'est un pôle central de référence pour l'identification et la cohésion du groupe, pour la légitimation de sa situation historique et de ses projets, et qui perd sa fonction essentielle quand elle n'a plus son caractère provisoire ». 6

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Effectivement, dans la plupart des pays modernes, « l'identification et la cohésion du groupe » se cherchent autour du pôle du changement. Les hommes politiques sentent le besoin de proposer aux aspirations des masses différents modèles de société à réaliser : « la grande société », « la société juste », « la société créatrice ». Ce sont autant d'« idéaux » autour desquels on veut mobiliser les énergies d'une nation, tout comme on cherche à le faire ailleurs autour des idées de développement, de décolonisation, d'indépendance, ou de révolution permanente. Toute cette terminologie exprime finalement une idéologie du changement : elle signifie que « la bonne société », c'est celle qu'il faut construire, et donc qui est à venir. Elle implique que la société présente a besoin d'une remise en question et qu'elle appelle nécessairement un certain nombre de transformations plus ou moins radicales.

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